LA NAISSANCE DU CLACISSISME.
Nous avons vu lors de la dernière conférence que la Renaissance française a marqué en un siècle une évolution radicale du style de l’architecture par transitions successives, au gré des évènements nationaux. Je n’ai sans doute pas assez insisté sur certains évènements qui, à un niveau plus large, ont contribué à ces évolutions. Tout d’abord, l’évènement important – il a son importance – que j’ai signalé brièvement remonte à 1492 : je veux citer, bien sûr, la découverte de l’Amérique. Son influence a probablement permis à l’Espagne, en premier lieu, de s’enrichir, mais l’architecture en sera marquée plus tard, dans certaines villes portuaires, notamment, avant des retours plus contemporains. Nous reviendrons sur ces aspects en leur temps.
Je tiens également à insister sur l’invention de l’imprimerie et le premier livre diffusé, la Bible et ses traductions, ont suscité un nouveau regard sur le message du Nouveau Testament, au regard, notamment, du pouvoir du Clergé et l’attitude contradictoire de ses prélats avec ce message. L’Inquisition avec ses abus était encore présente dans les esprits ; il y avait donc lieu de se poser des questions en matière de foi – c’est le cas de le dire – et la diffusion de la Bible encouragea l’émergence, au cours du XVI° siècle, de la Réforme, dont Martin Luther (en Allemagne), Jean Calvin et Théodore de Bèze (en France) en sont les personnages les plus connus.
N’étant pas historien, je limiterai mon propos du prochain exposé à l’évolution de l’architecture. Néanmoins, le contexte de l’avènement et du règne d’Henri IV mérite une attention particulière : dans une France minée par les guerres de religions successives qui opposent des personnalités souvent issues de mêmes lignées s’alliant, au besoin, aux puissances ennemies favorables à leur cause, Henri IV exerce son règne dans un équilibre difficile. Et, bien que se montrant d’une grande tolérance, son action ne sera pas reconnue de son vivant. Elle se traduit pourtant par le lancement de plusieurs ouvrages d’envergure, qui marquent encore Paris, plusieurs villes du royaume et, plus largement, le territoire.
La reine Marie de Médicis, devenue régente pour quelques années, poursuit un mécénat artistique qu’elle développait déjà du vivant d’Henri IV. Elle exerce sa régence dans une France encore secouée de rivalités religieuses, avant d’être écartée du pouvoir par son fils Louis XIII, devenu officiellement roi à sa majorité déclarée en 1614, mais contraint d’organiser en 1617 un coup d’État contre sa mère qui monopolise le pouvoir de son influence.
Le règne de Louis XIII, enfin, bien que marqué par la guerre de Trente Ans, s’inscrit dans la lignée de son père et poursuit son œuvre par des constructions et aménagements urbains affirmant l’architecture dans sa transition vers le classicisme : c’est sans doute pourquoi l’usage associe le plus souvent les deux sous l’appellation de « style Henri IV-Louis XIII ».
Jean-Marie CLAUSTRE
Le Relais Amical Lille