DE L’ART ROMAN À LA PERFECTION GOTHIQUE : L’ARCHITECTURE À L’ÉPOQUE GOTHIQUE (2)

Après l’introduction historique, une présentation générale de ses aspects techniques m’a permis de vous exposer le caractère très particulier de l’architecture « Gothique ». Cet adjectif, que lui ont attribué les classiques, a suscité de nombreux débats lorsque les romantiques du XIX° siècle – tels Chateaubriand et surtout Victor Hugo – cherchaient à réhabiliter le Moyen-Âge et en effacer les connotations barbares auxquelles les avaient assimilées les classiques de l’Ancien Régime.

Reprendre le terme originel « Francigenum Opus » et s’opposer aux idéologies nationalistes d’Europe centrale, pour lesquelles ce mépris du gothique permettait alors de prétendre être à l’origine de cet art ? Les sociétés d’antiquaires français ont bien tenté de proposer une autre appellation : le style ogival. Mais cet adjectif n’a pas vraiment convaincu les archéologues du XX° siècle (je rappelle ici que les ogives, souvent confondues avec la forme pointue ou brisée des arcs, sont bien en plein-cintre et parfaitement circulaires, contrairement aux arcs brisés qui bordent la travée où elles se croisent).

Cette introduction à l’Art Gothique vous a donc, je l’espère, donné quelques clés pour parcourir les trois siècles durant lesquels cet étonnant style architectural s’est épanoui, développé, puis a mûri, échappant à tout académisme, avant d’inscrire sa postérité dans l’Histoire de l’architecture.

Car les styles successifs de l’architecture gothique sont profondément imprégnés des réalités historiques qui succédèrent à la période sereine de développement et de prospérité des XII° et XIII° siècles. Malgré les guerres, les épidémies, auxquelles s’ajoute un refroidissement climatique notoire, l’architecture continue sa progression : toujours au travers d’une architecture religieuse, s’effaçant peu à peu, faisant face, dans les villes, aux bourgeois nouvellement affranchis, ou par le progrès des constructions militaires d’un pouvoir royal qui s’affirme de plus en plus…

Au cours de prochaine cette séance, je vous ferai découvrir plus en détail les principes décoratifs qui suivent la révolution technique que constitue la découverte de la croisée d’ogives. Comme pour l’architecture romane, les différentes provinces ont vu s’élever des édifices avec leurs particularités locales héritées de la période précédente ou consécutives aux évènements qu’elles ont traversés.

Quelques allusions ont déjà préparé mon discours, laissant entrevoir que les styles se sont superposés, selon les régions, avant celui qui leur a progressivement succédé et que ce « style français » a, par la suite, logiquement évolué, obéissant aux grands faits d’une histoire mouvementée.

Toujours au travers d’une architecture religieuse très présente cédant, progressivement, son influence au pouvoir politique royal, ses constructions militaires et ses châteaux, mais également dans la structure des villes, leur protection et les franchises qui leur seront accordées pour des raisons économiques : nous verrons donc plus précisément ces aspects lors de la prochaine conférence du 16 février.

Jean-Marie Claustre
janvier 2024